16 août 2010
Après une longue absence me voici de retour dans le pays de mes rêves: l'Inde. Je suis à Calcutta, la ville de Kali, la
déesse guerrière. En trois ans, tout est identique à mes souvenirs. Le bruit assourdissant, les même rickshaws et les même mendiants. Chaque centimètre carré de la ville me replonge dans les
souvenirs.
17 août 2010
Dans la rue, une vieille femme me sourit. Enroulée dans son sari multicolore, elle me regarde avec ses yeux si intense.
Elle me prend la main et veut m'obliger à lui toucher la tête, un signe de soumission en Inde. Je refuse catégoriquement. Elle me saisit le pied, une fois de plus en signe de respect et de
soumission. Je me défile, elle avale un clou. Je retrouve l'Inde dans toute sa folie et dans l'absurdité des rapports entre castes ; qui obligent certains hommes à se soumettre à d'autres, sous
prétexte d'une faute commise dans une vie passée.
18 août 2010
Quinze heures de train pendant lesquelles je trépigne avant de retrouver Varanasi. 11H00, les rickshaw walah
m'accueillent toujours aussi fourbes. Le bruit intense à Varanasi. Des klaxons, des cloches de temples, des vendeurs de rues, de la vie elle-même. Les Indiens qui répètent comme des mantras les
« Come in my shop » et «Where you from ?», « Oh France, Paris, Lyon, Toulouse, Marseille... ».Les rues pavées, les odeurs nauséabondes, rien ne change dans la ville
éternelle. Les seules qui jouissent d'un calme tranquille et d'un rythme à part son les vaches qui écument les ruelles à la recherche d'une poubelle à déguster.
19 août 2010
Bras ouverts, je retrouve ceux qui m'avaient tant manqué pendant ma longue absence. Comment décrire la joie de retrouver
des amis dont on avait presque pas de nouvelle depuis une éternité. Leur vie n'a pas beaucoup changé. Mais les plus jeunes sont aujourd'hui des adultes épanouis. Ils ont toujours cette fâcheuse
habitude de me demander constamment où vas tu? Que vas-tu faire là-bas? Des phrases à répétition qui m'auraient presque manqué.
20 août 2010
De nombreuses recherches m'ont permis de trouver une magnifique chambre pour un prix très raisonnable. De vert et de
violet mon nid douillet se trouve dans un havre de paix. Près d'un jardin, je dispose de mon propre balcon avec vue sur le Gange. Ma petite chambre a une porte a l'avant et une à l'arrière. Je
suis la princesse d'un mini royaume qui domine, le fleuve sacré.
21 août 2010

La féminité prend une dimension toute particulière en Inde. Les femmes sont des halos lumineux dont les saris, aux
couleurs chatoyantes, subliment toutes les formes. Une femme qui sort sans maquillage est comme nue. Maître, dans l'art d'assortir les bracelets aux sari et à la tika. Elles sont le silence et la
pensée. Elles appartiennent à un monde différent de celui des hommes. Les femmes ne sont pas libre. Il est un devoir de s'épanouir dans la vie que ses parents ont choisit pour soi. Elles
apprennent à trouver leur bonheur dans la fatalité. Elles sont « shakti » le pouvoir féminin.
22 août 2010
Les Hijaras sont mi femme, mi homme. Rajesh, un ami de longue date m'a trouvé un rendez-vous avec un responsable Hijaras.
L'homme est venu nous rencontrer dans le magasin de Rajesh. Il porte un jean,un tee-shirt et une barbe de trois jour. Seule sa coupe de cheveux colorée façon année 80 trahit son appartenance à la
caste des Hijaras. Il nous dit qu'il vient de la haute caste des Hijaras. Il se décrit comme un paon qui contrairement à la femelle peut déployer une multitude de plumes chatoyantes. Il nous
parle de la danse et son corps potelé s'illumine et devient gracieux comme un oiseau. Mais notre longue discussion ne me donne pas de réponse quant à ma question de pouvoir rester avec eux. Il me
faudra faire preuve de patience et attendre une autre entrevue.
23 août 2010
Dans Bengali tola, LA rue des commerçants et des touristes où tout se joue, je retrouve par le plus grand des hasards mon
ancien livreur de lait. Un longyi blanc, une barbe blanche, des yeux d'une incroyable douceur. Il est tel un sage, chevauchant sa bicyclette pour distribuer le lait immaculé. En quelques mots
nous résumons les longues années qui se sont écoulées. Un élément me choc. Sa grande sœur c'est suicidée, il y a à peine quelques mois. Des problèmes de famille qu'elle n'arrivait pas à résoudre.
Un oncle qui la maltraitait. La voici saisissant un bidon de pétrole. De la tête aux pieds, elle s'imbibe. Une étincelle. Le temps s'accélère. Elle est déjà recouverte du feu purificateur. Une
ancienne tradition qui la propulse après l'ultime douleurs auprès de ces ancêtres.
24 août 2010

Un festival parmi les festivals : Rakcha Bandam. Le lien familiale étant sacré en Inde, une fête célèbre le lien
particulier qui unis les frères et sœurs. La vie des femmes étant plus difficile, les frères doivent protéger leurs sœurs. Pour remercier leurs frères les femmes les bénissent puis leurs offrent
un bracelet et des pâtisseries. J'assiste à la cérémonie dans une pièce minuscule avec toute une famille. Chaque frère est désormais à la tête d'une véritable fortune en gâteau. J'ai l'eau à la
bouche. Je demande si moi aussi je me en manger un quand mon ami me dit que si je croque dans un de ces délicieux gâteaux, il va me pousser de la barbe.
25 août 2010

Depuis que je le connais, Rajesh m'a toujours dit qu'il choisirait sa femme et qu'il ne demanderait pas de dot. Pendant
mon absence, il a rencontré une jolie jeune femme. Il s'est marié avec l'élue de son cœur brisant au passage le système des castes. Pour le jeune couple les choses ne furent pas simple. Leur
histoire ressemble point par point à un film de bollywood. La riche famille de la belle, demanda à la police d'arrêter Rajesh pour enlèvement. Le jeune couple finit par se retrouver loin de chez
eux dans une cellule. C'est dans ces conditions que leur mariage fut célébré. Une longue histoire des rebondissements à n'en plus finir, une vilaine belle famille, un cousin dans le rôle du
traitre et voilà comment la fiction bollywoodienne rejoint la réalité indienne. Les jeunes amants ont clamé leur amours, combattu les injustices et finalement triomphé des épreuves de la vie. La
police accepta leur amour et les laissa libre ( contre un magnifique backshish). L'histoire connait une fin heureuse et la petite Pali en est aujourd'hui le témoin vivant.
26 août 2010
La vie en Inde est une constante alternance entre les haut et les bas. Ce matin tout ce passe bien, je me prépare à un
énième festival dans les rues de Varanasi. Ce soir les Hijras vont danser. Je suis impatiente de voir cet endroit. Mon ami, m'a donner rendez-vous à minuit, un véritable horaire pour une
Cendrillon. Je ne veux pas m'endormir et rater son appel. J'attends patiemment dans ma chambre d'hôtel luttant contre le sommeil. 00H30 toujours pas d'appel. Je suis inquiète. Je bombarde sa
messagerie téléphonique. Pas de réponse. Je ne connais pas le lieu exact du festival, je suis coincée et vois s'envoler mes Hijaras danseuses.
Le lendemain je demande, inquiète, à mon ami ce qui lui est arrivé. Sa jeune femme ne voulait pas qu'il sorte et l'a
séquestré dans la chambre avant de lui prendre son téléphone portable. La vie des couple indien n'est définitivement pas de tout repos.
27 août 2010
Ma collecte d'indices m'a conduite près du Durga temple pour découvrir le tanière d'un groupe d'Hijaras. Je découvre les
belles en sari triant le riz. La chef vient me demander 20 000 roupies. Ne les ayant pas, elle me dit de dégager avec un regard noir et un ton dédaigneux. On ne peut pas s'attendre à autre chose
de l'une des caste les plus rejeter de l'Inde. Mais j'insiste et l'on me dit de revenir avec quelqu'un qui parle hindi.
28 août 2010
Entre attente, retards, allez et retour je parviens tout de même à aller rejoindre les Hijaras du Durga temple. Ils sont
toujours ensemble, ils discutent et se disputent. Les mains claquent pour essayer de s'impressionner mutuellement. Je repars et reviens plus tard sur leur demande. Finalement, personne ne veut
que je reste avec eux. Je peux bien sur prendre des photographies et leur poser des questions mais seulement pour 5000 roupies par jour. Un prix d'ami...
29 août 2010

Ce dimanche matin, je retrouve la classe de danse Kathak dont je faisais partit il y a trois ans. Le cours se déroule
dans la plus pure tradition indienne, un désordre total. Les petites filles, belles à croquer sont vêtue de rouge et de blanc. Certaines s'entraînent quand les autres entassées dans la minuscule
salle de classe attendent leur tour. Aujourd'hui est de plus le jour des anniversaires une dizaine de petites filles soufflent les bougies et découpe un énorme gâteau. Il semble que la tradition
locale fête les anniversaires en « gros ».
30 août 2010
Le temple de Shiva.
Il est un petit temple à Varanasi qui sert exclusivement à bénir les nouveaux nés. Toutes les femmes de la famille
viennent apporter une offrande au Dieu pour bénir le nouveau né. La religion est l'un des aspect magique de l'Inde. Les femmes réunies en cercle autour d'un autel improvisé sont comme des bonnes
fées priant pour le brillant avenir et la bonne santé du bébé. Le petit temple est empli de vapeurs d'encens et déborde des couleurs que portent les femmes. C'est un moment d'une intense
ferveur.
31 août 2010
Les Hijaras étant trop coûteux pour moi; je décide d'aller à la rencontre d'un autre sujet qui m'intéresse: les
prostituées. La vie de ces femmes est particulièrement difficile. Je les trouve dans un quartier spécifique. Elles habitent près d'une gare. Ce n'est pas un quartier pauvre. Il y a de nombreuses
écoles, des bijouteries de luxe et le showroom de grandes marques automobiles comme Honda. Les maisons des travailleuses du sexe, comme les appellent les indiens, sont bordées par un point d'eau.
Les buffles se baignent, les enfants jouent et inonde l'ambiance de leur éclat de rire tandis que les femmes attendent devant leur porte. Ces femmes viennent d'autre région ou d'autres pays
beaucoup d'entre elles n'ont pas de papier. Le tarif est d'en moyenne un euro pour une passe. La plupart des hommes les frappent mais elles n'ont pas le choix et subissent en silence la réalité
de leur vie.
1 septembre 2010
Deuxième jour chez les prostituées.
Je m'approche doucement de ces femmes à qui la vie n'a pas fait de cadeau. Je bois, chaque jour, un chai dans l'un des
deux chai shop de la rue. Les prostituées sont dans le même chai shop que moi quand dans celui d'en face se trouve exclusivement des hommes. Ils sont tous regroupés épiant le moindre événement de
la rue. Certaines prostituées sont hostiles à ma présence et je les comprends mais beaucoup sont attentionnées envers moi.
2 septembre 2010
Troisième jour chez les prostituées.
Les belles de la rues passent du temps à effacer les douleurs de la nuit pour muer en papillons colorés. Elles entourent
leurs corps dans de magnifiques saris. Elles portent les plus beaux bijoux qu'elles peuvent se permettre. Un peu trop de maquillage. De leurs lèvres jaillit la couleur. Dans certains yeux
brillent encore une lueur enfantine. Le monde du rêve est leur seul échappatoire et pendant quelque instant avant de commencer le travail, elle sont des princesses.
Une femme bengali rayonne dans sa robe rose. Personne ne pourrait deviner que c'est une prostituée quand on la voit
chanter et danser avec sa petite fille. Pourtant sur son beau visage à la forme arrondie les hommes ont laissé leurs empreinte. Le côté gauche porte des traces de brûlure et son arcade droite
c'est ouverte sous les coups d'un prince des ténèbres.
3 septembre 2010

Quatrième jour chez les prostituées.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser toutes les femmes sont mariées. Je n'ai vu qu'un seul de leur mari qui était
muet mais je me demande quel genre d'homme pousse sa femme à faire cet horrible métier. Mon amie Bimla, me demande sans cesse de la prendre elle et ses enfants et de partir le plus loin possible
du cauchemar de leur vie.
5 septembre 2010
Cinquième jour chez les prostituées.
Le dimanche est le jour faste pour les prostituées de Varanasi. Les clients sont nombreux pour ce jour de
« repos ». Je fais par hasard la rencontre d'un avocat. Il veut savoir ce que je fais là. Je lui répond que pour moi, il n'y a pas de différence entre les êtres humains et que ces
femmes travaillent pour survivre. Mon amie Bimla fait ce travail comme ça mère et sa grand-mère avant elle. Pour elle il n'y a aucune perspective de changement. L'avocat me dit que c'est une
femme perdue et qu'elle ira comme toute sa famille, droit en enfer. Il me dit qu'il n'est pas client. Je ne le crois pas mais lui propose, puisse que son métier est de défendre la justice, de
soutenir ces femmes face aux hommes qui les battent violemment. Il me répond que c'est normal car elles en ont l'habitude et se ne sont pas des être humain.
Cet avocat, malgré ses hautes études semble avoir une vision de la justice bien particulière. Hélas, cette opinion
représente une grande majorité du peuple indien.
6 septembre 2010
L'art du rickshaw walah.
Le rickshaw walah est un conducteur de tricycle motorisé ou non. Ils ont l'art suprême de pouvoir se mouvoir dans
l'intense circulation des routes indiennes. Ils klaxonnent sans répit pour signaler leurs présences. Oui, ils sont bien là et sont la vie des routes citadines. Dès que l'on sort sur une route
principale, ils sont là à vous attendre. Ils sont les renards, nous sommes les inoffensifs poulets qu'ils s'apprêtent à dévorer. Ils vous suivent et vous harcèlent. Quand vous avez besoin d'eux,
il faut d'abord demander le prix. Les rickshaws n'ont peur de rien et vous annonce fièrement un bon prix trois fois supérieur au tarif normal. Une fois à l'intérieure du bolide l'aventure
commence. Droite, gauche, gauche droite, ces autos tamponneuses de la vie réelle évitent de justesse les autres véhicules. Puis si l'on sait toujours d'où l'on part l'arrivée reste un mystère. Si
vous avez de la chance on vous déposera dans un hôtel que vous n'avez pas demandé ou vous aurez la visite gratuite d'un magasin. Quand le bonheur d'arrivé vivant à destination vous aurez
peut-être le plaisir de voir le prix de votre course augmenter pour une obscure raisons. Grâce aux rickshaws walah, la vie ne nous paraît jamais monotone.
7 septembre 2010
Descendues d'un camion comme une marchandise, elles arrivent de la province voisine : les femmes du Bihar. Le regard noir
et profond témoigne de l'insondable douleur de leur vie. Mendiantes et certainement prostituées. Chaque année, elles envahissent les rues de Varanasi avec un nouveau né dans les bras, pour
apitoyer les passants. Leur enfant, celui d'une autre, personne ne le saura jamais. Ces femmes sont les personnages d'un tableau vivant, savamment orchestré par la mafia locale pour nous monter à
quel point nous avons la chance d'avoir la vie que nous avons; et pour bien sûr faire du malheur un commerce.
8 septembre 2010

Huitième jour chez les prostituées.
Devant la barrière des mots, j'ai trouvé un nouveau moyen d'échange avec les femmes. Je fais du henné. Je pare la peau de
leur corps de fleur et de fresque. Je dissimule derrière des arabesques les stigmates des coup de couteaux sur leurs poignets. J'apprête les corps de femme-enfant avant que ceux-ci une fois la
nuit tombée ne soit une fois de plus souillés, battus, méprisés. Je participe à la parure des princesses de la nuit. Je leur donne l'éclat et le respect qu'elles méritent tant.
9 septembre 2010
Je n'ai jamais vu un film de bollywood qui se finissent bien. Les belles histoires d'amour sont-elle vraiment impossible
en Inde?
10 septembre 2010
Fièvre de l'Inde et fièvre tout court.
11 septembre 2010
x
Aujourd'hui c'est l'anniversaire de la naissance de Ganesh. Les femmes ont dépensé des fortunes en bijoux et saris. Elles
sont comme des princesses qui partent en groupes prier pour la longue vie de leur mari. Est-ce une vieille coutume pour ne qu'elles finissent pas brûlées vive trop jeune sur le bûcher de leur
époux? Les mentalités ont évolué depuis les Sati (femmes qui accompagnent dans les flammes leurs défunts maris) mais une femme n'est rien sans un mari et la vie des veuves est souvent un enfer.
Je prie pour elles.
12 septembre 2010
Dernier jour avec les prostituées.
Je dois partir. J'ai les larmes aux yeux. Comment faire pour quitter ces femmes qui ne possèdent que leur humour pour
lutter dans la vie? Leurs blagues vont me manquer. Elles ont la vie la plus dure que je connaisse pourtant elles ne se plaignent pas. Elles aussi ont le cœur lourd en me voyant partir. Elles me
raccompagnent main dans la main jusqu'à la route principale. Le rickshaw m'emporte dans la nuit.
13 septembre 2010
Les trains bleus vous emmènent partout à un rythme si lent qu'on a le temps d'apprécier chaque minute.
14 septembre 2010
Pendant les longues heures de voyage, l'esprit se mets au repos il navigue entre un pseudo sommeil et une réalité au
ralentit. Entre rêve et réalité, j'ai perdu l'état de conscience pour flotter dans un « entre » monde, le regard perdu, le temps n'a plus d'importance.
15 septembre 2010

Je me suis perdue dans une petite ville du Karnathaka. Je suis une femme seule, dans un hôtel remplis exclusivement
d'hommes, qui recherche des prostituées sacrées. Chaque fois que je rentre dans ma chambre quelqu'un essaye d'ouvrir la porte j'entends la poignée qui grince. A 7 km de la ville se dresse le
temple couvert de poudre rouge et jaune. Ces couleurs sont le signe de la déesse Yallama. On dit qu'elle exhausse tous les souhaits. Mon vœux ne sera pas exhausser car les prostituées sacrées ne
sont plus qu'un mythe. Aucune ne fait dont de son pouvoir féminin dans le temple. Les prostituées ne se réunissent que pour des festivals. Le temple est triste. La pluie s'abat avec rage sur le
village. Je repars.
16 septembre 2010
En l'absence, des devdassis; je reprends la route pour Bangalore qui abrite une forte communauté Hijaras. J'embarque dans
un bus local pour une nuit éprouvante. Recroquevillée au fond du bus, mon corps bondit à chaque nids de poules sur la route. Le bus ne semble vouloir ne s'arrêter que pour prendre de nouveaux
passagers. Je négocie avec le chauffeur une pause pipi dans une station de bus. Devant l'entrée, s'impose le plus cruel spectacle de mon voyage. Un mendiant dort profondément aux côté d'une jeune
femme. Le visage tendu vers le ciel, elle aussi dort comme une statue. La jupe remontée, les jambes pliées et ouvertes. Vénus offerte. Un liquide blanc suinte de son vagin comme une plaie ouverte
qui jamais ne pourra cicatriser. Le sommeil est venu emporté cette jeune femme dans cette position improbable comme pour qu'elle puisse se réfugier dans le monde des rêves. Combien d'hommes sont
venus injecter leur poison dans ce petit corps? Vendue? Violée? Consentante? Je ne saurai jamais la terrible réalité de celle, que même la dignité semble avoir abandonnée à la perversité du
monde. Je suis repartie, sans un bruit, lâche avec mes cauchemars, impuissante face au drame infini de cette femme à laquelle la vie n'a rien donné et les hommes ont tout pris.
Y a-t-il vraiment des contes de fée pour les plus pauvres des Cendrillons?
17 septembre 2010
Bangalore est un mystère qui ne se dévoilera pas. Les hôtels sont complets ou hors de prix. Comme une fuite, je repars en
arrière dans un local bus qui est devenu mon quotidien. Des longues heures de bus assise le regard dans le vague; je garde le souvenir d'un Sadhu venu s'assoir près de moi. Du bout de sa canne,
l'orgueilleux m'ordonne de ne pas poser mes pieds nus sur la banquette. Pour répondre à sa provocation je m'enroule dans un tissu orange, saisit ma propre canne et entonne des Om nama Shiva. Rien
de plus facile que de s'improviser Sadhu en Inde. Les gens du bus ont le sourire aux lèvres et le sadhu devient sage comme une image, assit sur son siège.
18 septembre 2010
Dans le Karnathaka, je recherche à Hospet les Hijaras tant redoutés des indiens. Papier à la main, je demande des
informations dans toute la ville. Les hommes me donnent des informations mais refusent d'aller à proximité de ces personnes mi-femme mi-homme. C'est finalement un groupe d'enfant qui guidera mes
pas. Dans une ruelle, derrière un rocher un Hijaras me saisit la main et me fait entrer dans son monde. Elle se nomme Shruti : l'écoute. Celle que la société à rejeter à cause de sa différence
habite dans un temple pour la déesse Durga.
19 septembre 2010
Hampi est une ville merveilleuse. Des paysages enchanteurs, au temples et en passant par une myriade de guest houses,
restaurants et autres magasins de bijoux et de vêtements tout est fait pour le touriste. Partie avec quelques amis visiter les environs, nous avons fait l'expérience de la mafia des
auto-rickshaws. Devant notre refus de payer un prix exorbitant pour une petite distance, ils ont finalement, après quelques minutes accepter notre prix. Les fourbes pensaient que nous n'avions
pas vu le bus arriver. Nous sommes montés dans le bus à destination d'Hampi heureux d'avoir échappé à cette bande enragée de rickshaws, quand ceux-ci ont bloqué le bus pour nous faire descendre.
Le chauffeur du bus désemparé n'eut pas d'autre choix que de nous demander de prendre le bus suivant qui était gouvernemental. Nous sommes donc montés dans le bus local et les rickshaws ont parlé
au chauffeur. Dans le bus, ils nous ont fait payer sans donner de ticket pour faire 500m et nous déposer à l'entrée d'une route. Il n'en fallait pas plus pour me mettre en colère face à ces
hommes qui profitent continuellement des touristes. Je suis sortie et avec humour j'ai bloqué le monstre de fer prête à tout pour montrer que je n'accepterai d'être abusée et que l'on nous manque
de respect.
20 septembre 2010
Shruti
Une femme est née avec un corps d'homme. Elle aime les saris. Sa démarche chaloupée
lui donne l'air d'une reine. La société indienne ne donne pas de place à la différence. Elle a choisit d'être du second sexe. Elle se prénomme Shruti. Elle n'est pas un homme. Elle n'est pas une
femme. Shruti est Ardhanarishvara , la double nature. Elle est née prince dans une riche
famille mais à choisit la vie d'une Cendrillon. Pauvre mais libre d'être elle-même. Shruti a trouvé sa nouvelle famille auprès des Hijaras, la caste des androgynes, transsexuels et
travestis.
21 septembre 2010
Shruti vit ses rêves de princesses au travers des saris qu'elle porte. Le tissu de 5 m de long fait dissimule ses formes
masculines pour révéler toute sa féminité. Elle me fait entrer dans son monde et me fait aussi princesse. Je passe dans le temple qui lui sert de maison une demi journée à essayer des saris.
L'apparence est un jeu. Ce jeu est sa vie.
22 septembre 2010
Dans la rue, dans les magasins des petites mains s'égarent. Quand je marche seule qu'il y a un peu de foule ou que je
vais faire des achats, je sens sur mon corps des caresses subtiles. Les frustrations de quelques hommes frôlent discrètement mes hanches. Aussi légères que sont ces caresses aussi pesante est la
pression constante que les hommes posent sur les femmes. Refusant cette pression, je joue à tu me touches, je te tape. Les hommes courageux ne perdent pas une seconde pour partir en courant, il
faut dire que mes 45 kilos sont impressionnants.
28 septembre 2010

En Inde, il y a le pire et le meilleur. On est constamment submergé par des sentiments contradictoires. Pourtant la vie
en Inde peut-être aussi simple et tout semble trouver son équilibre dans la profondeur d'un regard.