Jeudi 30 décembre 2010 4 30 /12 /Déc /2010 17:14

vieraj

09 décembre 2010

La chaleur étouffante me coupe le souffle. Dans l'épaisse nuit, je passe ma tête par la vitre du taxi espérant un brin d'air. Mais non impossible de respirer le moindre air frais. Je regarde en apnée la ville qui défile. Les rideaux de fer baissés. Une lumière rougeâtre dans les avenues. Une bande de jeunes écoute de la musique près de leur voiture. A l'extérieur du centre ville, ceux qui ne peuvent pas se payer l'entrée des discothèques improvisent une soirée entre amis dans la rue. Les voitures font bar et sono. Des cartons, des plastiques décorent la ville comme un chaos. Près de la place principale, un calme d'après tempête règne dans la cité endormie.

 

10 décembre 2010

J'erre dans les rues de Santa Cruz. Le pas lent, le regard à la recherche de ce petit événement qui fera la photo. Mais rien. Rien ne se passe. Rien ne m'attire. Les rues, aux trottoirs dévastés et aux murs tagués, respire un faux semblant de néant ; une histoire déjà trop vu où les protagonistes, loin d'être dans l'histoire, sont des âme errantes. Il fait trop chaud personne ne veut habiter ici. La Paz c'est mieux me dit une vieille femme. Une jeune fille me dit c'est trop dangereux ici, San Jose c'est mieux. L'herbe est toujours plus verte ailleurs. Moi, je continue à errer sans but dans ce désert citadin pour enfin pouvoir raconter ceux qui l'habitent.

worpheline

11 décembre 2010

A la limite du centre ville, derrière un haut grillage, je rentre dans l'orphelinat du père Alfredo. Je suis bien accueillie. On m'invite même à manger. Ma demande de rencontrer des enfants ne semble surprendre personne. On ne me pose presque aucune question. Les enfants vivent par petits groupent dans des maisons séparées. On dirait presque une vraie famille. Des sœurs qui vivraient entre elles. Les jeunes filles s'occupent de leur maison. Elles font le ménages toutes ensemble et chacune son rôle. Je suis seule avec les jeunes filles. Je leur pose toutes les questions que je veux. Les petites filles recherche des câlins, les grandes essayent mon bracelet comme des copines. Je me demande combien de temps et après combien de formulaires dument remplis j'aurais pu rentrer dans un orphelinat français pour faire des photos des enfants. La France protège bien plus ces petits orphelins; eux qui ont déjà tellement souffert dans la vie. Mais déjà privés de famille faut-il enfermer ces enfants loin de la société?

 

12 décembre 2010

La femme au tablier bleu installe sa brouette pleine d'empanada à l'angle de Buenos aires et de Libertad. Assis sur des tabourets ses clients dégustent leur repas au coin de la rue. C'est son restaurant, à la femme au tablier bleu. Son lieu de travail. Angle de bitume et mur décrépi, c'est son domaine réservé. Et chaque vendeur possède son petit coin de rue, son royaume dans la ville. Car a qui est la rue? A ceux qui passe? A ceux qui y travaillent? A ceux qui étaient là avant? C'est comme la terre. A qui appartient la terre de Bolivie? C'est une grande question dans les campagnes. Les indigènes méritent par leur culture ancestrale et leur origine cette terre. Les colons sont venus de lointains pays pour cultiver ces terres. Ils sont là depuis plusieurs générations et ils ont rendu les champs fertiles. Les colons aussi méritent de la terre. Et les esclaves venus d'Afrique qui se sont reconstruit une vie et ont tellement donné de leur travail ; eux aussi ont leur place. Car la terre appartient à tous. Car il sera toujours difficile de la partager. Comment vivre ensemble sans voir les différences comme un problème. Comment faire du multiculturel une richesse pour la terre? Chacun devrait trouver sa place, chacun devrait avoir sa place.

 

13 décembre 2010

Une famille bolivienne se conjugue bien souvent au féminin. Grand-mère, mère, enfants. Mais les hommes, où sont-ils? Les hommes ont pris la fuite à la naissance de l'enfant. Du plaisir, oui! Une famille, trop cher! Les mères célibataires ne sont pas rare. Peu importe. L'important, c'est d'être une maman. Pas assez d'argent, alors plusieurs générations vivent sous le même toit. La vie est difficile dans le pays le plus pauvre d'Amérique du sud, mais rien ne remplacera le bonheur d'être mère. Le plaisir de donner la vie, d'aimer et d'être aimé, d'être reconnu socialement. Aucun sacrifice n'est assez grand pour perdre le goût d'être maman.

wletempssenva

14 décembre 2010

Tu regretteras Santa Cruz m'avait-on dit. Même seule dans les rues encore endormies, je sens la vie qui bouillonne à Cochabamba. Une ville comme une autre mais une ville où je me sens bien. Du monde partout. Les femmes ont envahi les trottoirs pour vendre de ceci et de cela. Des chapeaux sur toutes les têtes. Une diversité culturelle. Des embouteillages. Tout me plait.

 

15 décembre 2010

Maman me dit toujours: « Un jour ma fille, tu oubliera ta tête ». Ma tête est toujours sur mes épaules mais ma clé est bien au chaud dans ma chambre et moi je me retrouve face à une porte fermée. Comme je suis chanceuse, je suis dans le seul hôtel qui n'a pas de double des clés. Les serruriers dorment déjà. Rien à faire pour aujourd'hui. Je dors dans une autre chambre en me promettant qu'un jour j'aurai de la mémoire.

 

16 décembre 2010

_«Je voudrai aller à Nueve felicidad s'il vous plait. »

_ « Où?  Neuve felicitad...connais pas. »

Personne ne connait le nom de ce petit village, perdu dans la plaine désertique. Le diable lui n'a pas oublié le village des maisons en terre. Il a ouvert les portes du royaume d'Hadès. Au milieu d'un champ, l'odeur du souffre. Le feu rédempteur vient de sous la terre. De l'herbe calcinée, de la fumée qui émerge du sol. L'enfer est proche. Les villageois n'avaient déjà pas d'eau pour leurs bêtes ni pour les cultures. Le feu sous-terrain menace aujourd'hui les maisons. Le foyer est le bien le plus précieux pour ces familles. Les scientifiques ont dit pas de risque pourtant le feu consume la terre depuis plus de deux semaines. Qui sait vraiment ce qui se trame sous la terre de Bolivie...

wcage

17 décembre 2010

Je ne compte plus ces femmes qui font 15 ans de plus que leur âge. Assises sur le trottoir, leurs enfants font la sieste et elles la manche. Pourquoi autant de femme? Un homme me répond que c'est bientôt Noël, la bonne période pour donner et pour ces femmes, l'opportunité d'avoir un meilleur repas et de pouvoir offrir de petits cadeaux à leurs enfants.

wsousterre

18 décembre 2010

Au petit matin, fatiguée à souhait, je débarque à Potosi. Le grand sourire, d'un taxi, s'illumine pour m'arnaquer. Tout est normal. Un hôtel, pas cher où je m'installe. Pas de temps à perdre! Je pars au hasard des rues de la ville. Les vielles femmes sur le marché vendent de tout. Une petite main s'égare dans mon sac. Jeu de main jeu de vilain. Je donne une tapette à la vilaine voleuse. Il est difficile de lui en vouloir car ce pays est tellement pauvre. Entre les mendiantes qui envahissent les rues, et les touristes qui semblent si riche, les voleuses se laissent tenter par mes dollars imaginaires. Potosi commence mal. Comme pour me rassurer, je finis dans une agence de voyage avec de joyeux lurons. Ils m'invitent dans les mines locales. Nous voilà sous terre avec el Tio, le diable au sexe en érection. Les femmes des mineurs de descendent jamais dans la mine car c'est ici qu'el Tio s'accouple avec Panchamama la déesse de la terre. Nous partageons avec le diable feuilles de coca, bières, cigarettes et alcool à 96 degrés. Les yeux rond du diable nous fixe. Sa cigarette se consume comme la vie des travailleurs des mines. Les profondeurs obscures de la terre seront la lumière de la journée. Comme un conte, ce qui avait mal commencé finit bien!

 

19 décembre 2010

Les femmes de Potosi sont habituées aux touristes dès que j'ai le malheur d'avoir même par hasard mon appareil photo dans leur direction, elles demandent de l'argent. Pour prendre une orange en photo 5 pesos soit le prix d'un kilo d'orange. Une femme à qui je demande de la prendre en photo me balance un oignon. Une autre se cache. Décidément les boliviennes jouent les inaccessibles!

wbonnefee

20 décembre 2010

Panchamama, terre et mère. Anciens et plus jeune n'oublie jamais de rendre hommage à la déesse ancestrale. Alors avant de boire, on ne trinque pas, on partage avec Panchamama. De la terre au sol des bars; les liquides alcoolisés se rependent sur le corps de la déesse mère. Un hommage, un partage, la déesse est ravie et se délecte des boissons de toutes sortes.

 

21 décembre 2010

Déesse immaculée en désert de sel. Blanc pur ou rouge sang du fond des lagunes. Froide comme la neige ou chaude comme un geyser. La panchamama (déesse de la terre) déploie tous ses charmes au sud ouest de la Bolivie. Somptueusement grandiose, les montagnes s'élèvent. Les lagunes, de leurs couleurs pastels charment des milliers de flamants roses. Comme une femme parée de ses plus beaux atours, les paysages se dévoilent laissant toujours une part de mystère à découvrir.

 

23 décembre 2010

La pluie s'est répandue comme une immense flaque sur le salar d'Uyuni. Réminiscence de ce qui était avant une mer, devenue aujourd'hui désert de sel. Le ciel et les montagnes se reflètent sur le miroir de l'eau; se demandant qui est le plus beau ou la plus belle. Pas de réponse à la question; ici tout n'est que beauté. Alors dans ce désert blanc, le ciel c'est uni à la terre. L'horizon a perdu ses limites. Les deux mondes ne font plus qu'un et les nuages en jeu de symétrie sont descendus sur terre.

 

24 décembre 2010

Deux droites parallèles s'étendent sur le dos des femmes. Deux tresses bien noires qui tranchent sur les dentelles colorées. Longues et soyeuses, les tresses témoignent de l'esthétisme indigène. L'État plurinational de Bolivie n'oublie pas ses origines. Les tresses incroyablement longues font la beauté des femmes Quechuha. Des pompons de perles unissent les deux tresses que les petits enfants ont tant de plaisir à grignoter. Les cheveux font de la femme une séductrice puis de la mère une femme rassurante. Chaque pli de la tresse est comme le témoin de l'histoire de la vie des femmes. Une vie qui s'étire toute droite avec cet entrelacs de courbures, fait des aléas d'une vie pleine de bonnes de de mauvaises surprises, mais qui va toujours de l'avant.

 

25 décembre 2010

C'est Noël au bout du monde! Blanc sel, rouge père Noël. Des bulles de champagne qui pétillent. Des amis qui réchauffent le cœur. Le beau cadeau d'un homme qui m'était encore inconnu la veille. Parce que même au bout du monde Noël reste magique. Au delà du commercial et bien loin de la religion, on partage avec bonheur les joies d'une fête qui rapproche les êtres.

wsorciere

26 décembre 2010

Entouré dans un tissus de couleurs vives, sur le dos la mère c'est comme ça que les enfants découvrent le monde. La tête en arrière, les bébés aperçoivent le ciel bleu, et le toit des maisons. Des ombres fugitives passent devant les yeux rond des enfants qui attendent sagement accrocher à la maman; qu'on arrête de les serrer de les bousculer dans les marchés et les autobus. Plus grands, les enfants accompagnent toujours leurs mères qui ne peuvent pas les laisser seuls à la maison. Les petites filles jouent « pour de vrai » à la marchande. Les petits garçons courent dans les bus pour distribuer le journal. Une famille mange sur le trottoirs. Une mère pousse son fils à demander l'aumône au conducteur d'un énorme 4x4. C'est ainsi que les enfants grandissent faisant de la rue un terrain de jeu, un travail, une maison. Les petits sont fiers de pouvoir aider les grandes personnes. Un petit garçon, qui a bien travaillé, s'endort dans les marchandises du marché.

Je crois qu'il rêve d'une vie meilleure quand il sera grand. Chut! Laissons le rêver...pour que le rêve devienne bientôt réalité.

 

27 décembre 2010

Un homme qui fait du cheval, un sombrero, des allures de cowboy; voilà un touriste qui débarque dans les canyons boliviens. Le regard fier, le fessier en compote. Sept heures pour explorer le sud du pays ou pour dire des inepties. « Mon cheval il ne veut pas avancer. Mon cheval, il a envie de s'arrêter. Les hommes de plus d'un mètre quatre vingt dix ne peut pas monter à cheval. Si je donne des coups de talon à mon cheval pour qu'il avance ça va lui faire mal». Ça ne serait pas plutôt le cavalier qui projette ces propres envies sur l'animal condescendant? Foudre, tonnerre, grêle et pluie s'abattent alors pour lui rafraichir les idées! Mais non, rien a faire les princes charmants ne sont décidément pas ceux qui chevauchent de malheureux chevaux, fatigués de supporter les bêtises de leurs cavaliers.

 

28 décembre 2010

Le gouvernement bolivien a doublé le prix du pétrole. La réaction ne se fait pas attendre. Les routes sont bloquées et les bus annulés. Mouvement de grèves et de protestation ici et là. Personne ne sait vraiment pourquoi. Pas d'information. Rien. Les chauffeurs dorment sous les bus ou dans les soutes à bagages. Le pays enrage mais ne sais plus pour quelle raison. Il y en a tellement de raisons. Marre d'être pauvre. La vie est trop cher. Trop d'enfants qui travaillent. Pas les moyens de faire vivre sa famille. Pas de vacances. Pas de voyages. Pas d'études. Alors quand on a plus d'espoir, on fait la grève, espérant que là haut, les dirigeants n'oublieront pas leurs promesses d'offrir un avenir meilleur au peuple.

 

WOGRESSE2

 

 

 

 

Par Sab Ji
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